Comme chaque dernier dimanche d'avril, nous avons commémoré la journée du Souvenir des victimes de la déportation sur la place du 8 mai 1945. Retrouvez le discours que j'ai prononcé à cette occasion:
"Mesdames et Messieurs les représentants des associations d’anciens combattants, résistants, déportés, internés, patriotes, et victimes de guerre ,
Cher(e)s Collègues,
Mesdames, Messieurs,
« Souvenons-nous » !
Voici l’impérieuse maxime qui scelle aujourd’hui notre Devoir.
Devoir envers les morts, devoir envers les rescapés, devoir envers les vivants, devoir envers les générations futures à qui nous avons l’ardente obligation de transmettre l’Histoire afin qu’elle ne se répète plus.
Durant la Seconde Guerre Mondiale, l’occupant nazi et ses zélés collaborateurs français ont déportés plusieurs dizaines de milliers de personnes qui vivaient sur notre territoire.
Les travaux de l’Institut d’histoire du Temps Présent et du Ministère des Anciens combattants retiennent le chiffre de 141 000 déportés.
75 000 environ pour des raisons raciales (2 500 survivants). Il faut le dire, cette catégorie concerne essentiellement les juifs. Il convient d’ajouter 4 000 victimes mortes ou exécutées pendant leur internement en France.
Dans les Hauts-de-Seine 932 juifs ont été déportés. Seulement 5 sont revenus de l’enfer des camps.
A Clamart, aucun des 20 déportés juifs (dont nous venons d’honorer la mémoire et le martyre) n’est revenu vivant des camps d’extermination nazis.
66 000 environ ont été également déportés pour diverses raison (car ils étaient communistes, socialistes, tziganes, homosexuels, handicapés, francs-maçons…) dont 42 000 pour faits de résistance (23 000 survivants).
Nous sommes rassemblés ici, une fois encore, comme tous les derniers dimanche d’avril depuis 1954, pour témoigner que nous n’oublierons jamais.
Nous n’oublierons jamais les 20 millions de morts de la seconde guerre mondiale.
Nous n’oublierons jamais le massacre des 6 millions de juifs d’Europe.
Nous n’oublierons jamais la déportation et la mise en esclavage de millions d’êtres humains.
« L’espèce humaine » : C’est le titre du livre de Robert Antelme, le mari de Marguerite Duras, qui raconte sa vie en déportation et qui est l’un des témoignages les plus bouleversants sur l’univers concentrationnaire. A l’égal du « Si c’est un homme » de Primo Levi.
Robert Antelme comme Primo Levi n’ont survécu que parce qu’ils ont continué à se sentir « Homme », membres de « L’espèce Humaine », et non pas des sous hommes ou des animaux, alors que les nazis les traitaient ainsi.
Cela ne peut aujourd’hui que nous questionner sur notre propre humanité.
A l’heure où l’on ne sait parfois plus quel est le prix de la vie – lorsque l’on voit l’actualité internationale des conflits et des attentats.
A l’heure où l’on se demande quel but donner à sa vie – lorsque l’on est en grande difficulté, précaire, étranger, stigmatisé ou exclu.
A l’heure où l’on se demande quel sens donner à sa vie – le sens de l’engagement, du dévouement, de l’altérité, pour un monde meilleur, plus juste et plus solidaire.
Alors si l’on a quelque doute que ce soit, il suffit de relire quelques pages admirables de Robert Antelme, de Primo Levi, de Simone Veil, de Charlotte Delbo, de Margarete Buber-Neumann, de Saul Friedlander, de Jorge Semprún, de Germaine Tillion ou d’Elie Wiesel :
Car en nous parlant de leur terrible expérience ils nous parlent, en fait, de l’Homme, de l’espèce humaine dans toute sa richesse, ils nous parlent de la Vie.
Mais nous savons tous ici que, comme l’écrivait le grand dramaturge Bertolt Brecht : « le ventre est encore fécond d'où a surgi la bête immonde ».
C’est pourquoi nous ne baisserons jamais la garde.
Ceux qui commettent des actes racistes, antisémites doivent le savoir.
Nous serons intransigeants contre toute forme de racisme, d’antisémitisme, de xénophobie, tellement contraire à l’idée que nous nous faisons des valeurs de la France et des idéaux de la République.
Nous le devons aussi à la mémoire des martyrs clamartois, victimes de la barbarie. Ils sont avec nous aujourd’hui. Ils nous regardent…
Je vous remercie."
